lundi 26 avril 2010

Niger: poussés par le "younwa", la faim, les ruraux gagnent les villes

MARADI (AFP) - "J'ai fui Chadakori, mon village, où le +younwa+ (la faim, en langue haoussa) sème la désolation", raconte Balkissou. Sous un soleil accablant, la jeune femme mendie dans les rues poussiéreuses de Maradi, capitale du centre-sud du Niger.
Perdue dans une robe trop grande pour elle, le regard triste, elle explique que son village situé au nord de la ville s'est "quasiment vidé" de ses habitants et que seuls les vieux et les enfants y sont restés.
Dans les sacs plastiques qu'elle traîne avec elle, elle garde les aliments qu'elle a pu récupérer et enverra à ses six enfants.
A cause de la grave crise alimentaire qui frappe le Niger, les ruraux quittent en masse les villages pour se réfugier dans les villes, où ils espèrent trouver du travail et se nourrir.
Depuis des mois, la gare routière de Maradi accueille de nouveaux venus des quatre coins de la région, l'une des plus touchées par les pénuries de vivres engendrées par le manque d'eau pendant la campagne agricole 2009.
Pour survivre, les "réfugiés" de la disette acceptent tous les petits boulots : ouvrier, bagagiste, moto-taxi, vendeur d'essence de contrebande...
Les jeunes filles font généralement le ménage dans les foyers, les vieilles femmes et les enfants mendient souvent, indique à l'AFP Issa Maazou, un agent de transit.
Pour financer leur exode jusqu'à Maradi, nombre de villageois "ont vendu des biens et des vêtements, mais certains sont venus à pied", raconte Ali Bouzou, un chauffeur.
Dans le petit village de Tarna, entre 300 et 500 personnes ont déjà fui vers la métropole régionale qui compte plus de 400.000 habitants, selon le chef Ali Galadima.
Amadou Hassane, 46 ans, est arrivé il y a deux semaines de Guidan-Tanko. "J'ai vendu un agneau et des chaussures pour payer le transport, mais je ne trouve pas d'emploi".
Ibrahim Abdou, 29 ans, s'est fait apprenti-boucher. Avec l'argent qu'il gagne - environ 1.500 FCFA par jour (2,2 euros) - il achète des vivres pour sa famille restée au village.
Equipé d'un vieux seau et d'une corde, Nahanchi Wagé est devenu videur de fosses septiques. Son frère Sadou est cireur de chaussures.
Le riche Nigeria voisin, distant d'à peine 50 km, destination de nombre de leurs compagnons d'infortune, "ne (les) fait plus rêver", confient-ils.
Récemment rentrés d'Abuja, Laouali Namaya et une trentaine de ses amis ne peuvent que les approuver.
"Nous y avons erré des semaines comme des chiens, sans trouver de boulot", peste Laouali, à présent ouvrier sur un chantier.
"Il savent bien que c'est l'enfer qui les attend au Nigeria, mais ils s'entêtent à y aller en masse", regrette Moussa Idi, employé à la gare routière.
Mais la chance a fini par sourire à d'autres.
Partis, dès les premières alertes de la crise alimentaire fin 2009, tenter leur chance au Nigeria, certains ont désormais les moyens d'affréter des camions chargés de céréales pour leur famille.
"Nous avons quitté Kaduna (nord nigérian) avec 3O tonnes de céréales à acheminer dans différents villages de Tamaské (région de Tahoua, ouest du Niger)", raconte le convoyeur El hadj Yaou.
Sur chacun des sacs empilés dans le camion, est inscrite l'adresse des destinataires.
La douane locale a voulu interdire ces convois mais elle a dû reculer car, souligne le dirigeant d'une ONG, il s'agit "d'une question de vie ou de mort".

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